En ce temps-là vivaient les géants, Cruels, ils meurtrissaient la terre, dévastaient la nature, offensaient le Ciel, dans les batailles terribles qu’ils se livraient sans cesse.
Impuissants à les calmer, Terre et Ciel se mirent d’accord pour en détruire entièrement la race.
Jupiter jeta la foudre dans leurs combats. La Terre tendit ses pièges.
Cébenna et Réa survivaient seuls. C’est que contrairement à ceux de leur race, ils étaient doux et paisibles, allant la main dans la main, sensibles aux beautés de la nature, de l’aube, du crépuscule, aux charmes des fleurs, aux chants des oiseaux.
Ils affectionnaient par dessus tout, un plateau et un roc appelé Caroux d’où leurs regards pouvaient glisser par dessus vallées et monts, vers la mer aux horizons infinis.
“Qu’ils meurent !” criait furieux le Dieu de l’Olympe, impatient de créer une race nouvelle.
La Terre, que tant de grâce et de douceur touchaient hésita longtemps...puis céda enfin.
Un soir que l’air était parfumé et d’une grande douceur, Cébenna s’étendit sur le roc pendant que Réa remontait le lit du ruisseau d’Eric. Surprise, elle sentit sous son poids le roc s’amollir, se creuser. La pierre devenue glue, immobilisa ses membres, alors dans un suprême effort elle renversa sa tête en arrière.
Réa voulut s’élancer vers elle. Hélas ! sous l’effort, ses pieds s’enfoncèrent comme aspirés par le lit du torrent. Il tomba à genoux . Il s’enfonça jusqu’aux épaules, puis la glu rocheuse s’éleva, épousa la forme de sa tête, étouffant son dernier râle.
Si vous allez aux gorges d’Eric, vous saurez maintenant pourquoi le Roc Caroux présente la forme d’un corps humain et pourquoi entre le deuxième et troisième pont, le lit d’Eric s’obstrue d’une gigantesque tête de pierre.
Si le soir au crépuscule, vous regardez loin ...peut-être verrez-vous se soulever la lourde paupière, et sur la joue de pierre tomber une larme, que l’Eric, compatissant enfin, emporte et unit à celles qu’entraîne toujours le ruisseau du Rieutord.
“C’est ainsi que tel le gisant de pierre d’un tombeau, le corps de Cébenna, l’infortunée fille des Titans, dessine à jamais ses formes au sommet du Caroux”.